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     Les Nouvelles Chroniques du jour : ça s'est passé un....22 février

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    AuteurMessage
    le.cricket
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    MessageSujet: Les Nouvelles Chroniques du jour : ça s'est passé un....22 février   Mer 22 Fév - 10:21

    Les Nouvelles Chroniques du jour : ça s'est passé un....22 février


    Événements


    22 février 705 : Abdication de l'impératrice chinoise Wu Zetian

    Dans la nuit du 22 février 705, à Chang'an (actuelle Xi'an), l'impératrice Wu Zetian (80 ans) est obligée d'abdiquer après avoir dirigé la Chine d'une main de fer pendant 50 ans...
    Favorite à 14 ans de l'empereur Taizong le Grand, qui a fondé la prestigieuse dynastie des Tang, elle a séduit aussi son fils et successeur Gaozong. À la mort de celui-ci, elle a gouverné en lieu et place de leur fils, le petit empereur Zhongzong. Enfin, lasse de jouer la comédie, elle l'a déposé et pris elle-même le titre d'« empereur »...

    Wu Zetian (625 - 705)

    Le pouvoir envers et contre tout

    Femme d'humble extraction, l'impératrice Wu Zetian arrive au sommet par le charme, la ruse et le crime. À la cour de Chang'an (l'actuelle Xi'an, sur la rivière Wei), elle assume le pouvoir suprême d'une main de fer pendant un demi-siècle, de 655 à 705, d'abord dans l'ombre de son mari puis de son fils, et enfin en son nom propre.

    André Larané.

    Orient, Occident

    Le règne de Wu Zetian est postérieur d'environ un siècle à celui de deux autres femmes au caractère tout aussi trempé, les reines franques Frédégonde et Brunehaut.
    Avec une différence majeure : l'impératrice chinoise gouverne un État solide, prospère et d'une civilisation raffinée ; les autres doivent composer avec un environnement barbare qui n'a pratiquement rien conservé de l'antique civilisation romaine.

    L'ascension

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    Entrée au harem en 637, à l'âge de 12 ans, Wu Zetian devient rapidement la favorite de l'empereur Taizong le Grand, fondateur de la prestigieuse dynastie Tang. Elle attire aussi l'attention du fils et héritier de celui-ci.
    À la mort de Taizong, le 10 juillet 649, la favorite est expédiée dans un monastère et son histoire aurait pu s'arrêter là si le nouvel empereur Gaozong n'était allé visiter ledit monastère. C'est ainsi qu'il revoit Dame Wu.
    L'impératrice, qui souffre de la concurrence d'une rivale, prend l'initiative de réintroduire l'ancienne favorite à la cour. Mal lui en prend. Wu Zetian conquiert le cœur de l'empereur mais,
    intelligente et ambitieuse, ne se satisfait pas de ce succès...
    En 655, venant d'accoucher d'un premier enfant de l'empereur, une fille, elle l'étrangle discrètement juste après que l'impératrice en titre soit venue la visiter ! Là-dessus arrive à son tour l'empereur. Avec horreur, il découvre le bébé inanimé. Feignant l'indignation, la jeune mère jette le soupçon sur ses suivantes, lesquelles sont bien obligées pour se défendre de rappeler la visite de l'impératrice. C'est ainsi que Wu Zetian se retrouve impératrice à la place de l'impératrice.

    La puissance

    Elle va désormais s'arroger la réalité du pouvoir, assistant à tous les conseils importants cachée derrière une tenture. Et comme l'empereur continue de visiter en secret l'impératrice répudiée, Wu Zetian fait couper à celle-ci les mains et les pieds !
    Gaozong, faible mais bienveillant et appliqué, prolonge l'œuvre de son père et assure à la Chine prospérité et grandeur. Au nord, ses généraux soumettent les trois royaumes qui occupent la péninsule coréenne. Mais, à l'ouest, ils doivent faire face à une offensive des redoutables Tibétains dans le bassin du Tarim, en 670, puis à des attaques redoublées des Turcs contre la Grande Muraille.
    À la cour de Chang'an, Wu Zetian consolide son pouvoir en usant de la délation et en attisant les jalousies. Elle fait décapiter les mandarins qui lui résistent et oblige leurs filles et leurs épouses à la servir comme esclaves. Ces malversations minent la santé de l'empereur. Il s'éteint à 55 ans, le 27 décembre 683, et Wu Zeitan va dès lors gouverner en lieu et place de leur fils, le petit empereur Zhongzong...

    L'apothéose

    En 690, lasse de faux-semblants, elle dépose le souverain et s'arroge le titre d'«empereur», une innovation que ne goûtent pas les membres de la famille impériale, mais leur révolte est noyée dans le sang. Sa puissance ne connaît plus de limites et, bien que d'un âge très avancé, elle s'octroie les faveurs d'un jeune bonze bouddhiste qu'elle fait nommer à la tête d'un
    monastère de Luoyang, l'ancienne capitale de la Chine.
    Comme on n'en est pas à un paradoxe près, Wu Zetian se montre par ailleurs très dévote ! Elle fait sculpter dans les grottes de Longmen, à quelques kilomètres de Luoyang, les grandes statues de bouddhas qui font la réputation du lieu et lui ont valu d'être classé au patrimoine de l'UNESCO. Elle protège aussi le moine Yi-tsing qui s'embarque pour l'Inde via Sumatra en 671. Il en revient en 695 avec un grand nombre de textes sanscrits à la traduction desquels il va consacrer le reste de sa vie.
    Chef de guerre, Wu Zetian reprend les «Quatre garnisons»
    du bassin du Tarim, à l'ouest de la Chine, essentielles à la sécurité de la Chine. Elle négocie aussi des trêves incertaines avec le khan des Turcs de Mongolie mais celui-ci remet sans cesse les accords en cause, prétextant de l'illégitimité de la souveraine.
    Finalement, dans la nuit du 22 février 705, des conjurés se précipitent les armes à la main dans les appartements de la vieille impératrice. Ils assassinent ses favoris et l'obligent à abdiquer.
    La vieille impératrice meurt quelques mois plus tard, laissant le trône à son fils, Zhongzong. Elle aura dirigé l'immense Chine pendant un demi-siècle ! L'Empire du Milieu aura au total connu trois impératrices : outre Wu Zetian, l'impératrice Lü, épouse de Gaozu (dynastie Han) et l'impératrice Cixi (dynastie Qing)...

    Épilogue

    L'histoire ne s'arrête pas là ! L'empereur Zhongzong, homme bien intentionné et pieux, a pour son malheur une épouse à la cuisse légère. Celle-ci s'amourache d'un neveu de Wu Zeitan à l'insu de son naïf mari. Indigné, un prince du sang assassine l'amant mais il est désavoué par l'empereur !
    Pauvre Zhongzong ! Le 3 juillet 710, il est empoisonné par sa femme. Elle prétend à son tour régner seule mais n'a pas l'envergure de la précédente impératrice. Trois semaines plus tard, des conjurés envahissent le palais et la criblent de flèches. Le chef des conjurés, le prince Li Longji, monte à son tour sur le trône le 8 septembre 712 sous le nom de Tang Xuanzong. Son règne est l'un des plus brillants de l'histoire chinoise.

    Bibliographie

    Il existe hélas très peu d'ouvrages en français sur l'Histoire de la Chine et plus spécialement sur les époques anciennes ! Citons l'indéracinable Histoire de la Chine par René Grousset (Fayard, 1942) et La Chine classique par Ivan Kamenarovic (Les Belles Lettres, 1999).



    22 février 1358 : La révolution manquée d'Étienne Marcel

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    Le 22 février 1358, le prévôt des marchands Étienne Marcel massacre les maréchaux de Champagne et de Normandie
    sous les yeux du dauphin Charles, héritier du trône. Il préserve
    toutefois ce dernier de l'assassinat en le coiffant du chaperon aux couleurs de Paris, le bleu et le rouge, que portent ses partisans.

    Le dauphin, humilié, s'enfuit un peu plus tard de Paris. Il y reviendra en triomphe le 2 août suivant, suite à l'échec et à la mort du prévôt.

    Richard Fremder nous raconte cette première Révolution française...

    La révolution manquée d'Étienne Marcel

    Au milieu du XIVe siècle, la France, bien que pays le plus puissant d'Europe médiévale, souffre de mille maux. La Grande Peste de 1347 l'a frappée comme tout l'ouest du continent, exterminant par endroits la moitié de la population. La guerre des Valois contre leurs cousins anglais, que l'on appellera beaucoup plus tard «guerre de Cent Ans», saigne par ailleurs le royaume.
    Les difficultés de la noblesse et de la monarchie éveillent chez les bourgeois de la capitale le désir de s'émanciper, à l'image de leurs homologues des républiques urbaines de Flandre ou d'Italie. La France va ainsi connaître une amorce de révolution comparable en bien des points à celle qui surviendra 440 ans plus tard...

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]ichard Fremder raconte... la 1ère Révolution française[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] border="0" alt="" />[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] border="0" alt="" />Richard Fremder raconte Étienne Marcel et les incroyables péripéties de la 1ère Révolution française (1357-1358).
    Écouter (28 minutes) : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] border="0" alt="" />


    Les états généraux font leur révolution

    Le roi Jean II le Bon (autrement dit le Brave), comme ses prédécesseurs, ne dispose d'autre ressource que les revenus
    de son domaine. Faute d'impôt permanent, il doit convoquer les états généraux chaque fois qu'il a un besoin pressant d'argent. C'est le cas en 1355 pour recruter des troupes et faire face à la menace anglaise...
    Profitant de la faiblesse du monarque, les trois ordres, délibérant en commun, établissent en 26 jours, du 2 au 28 décembre 1355, l'égalité devant l'impôt dont ni les princes, ni le roi ne sont dispensés. Ils décident de nommer eux-mêmes les trésoriers et receveurs, ébauchent l'organisation d'une milice nationale où chacun s'armera selon son état et retirent au roi le droit de toucher aux monnaies. Ils élisent une commission de neuf membres (trois par ordre) pour surveiller l'exécution de leurs volontés et lui accordent le droit de requérir le concours de
    tous contre le roi en cas de besoin. Enfin, ils conviennent de se réunir à nouveau au mois de mars suivant.
    Jean de Craon, archevêque de Reims, au nom du clergé, Gauthier de Brienne, duc d'Athènes, au nom de la noblesse, Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, au nom des bourgeois, communiquent ces résolutions au roi et l'invitent à les accepter. En échange, ils l'autorisent à lever de nouveaux impôts pour
    un montant de 5 millions de livres parisis en vue d'équiper et
    entretenir pendant une année l'armée de 30.000 hommes dont il a besoin pour combattre les Anglais. Jean II, dépensier et léger comme il n'est pas permis, accepte sans barguigner. Financièrement, il n'a guère le choix. Politiquement, il ne mesure pas la portée de son geste. On peut considérer que la France vient de faire sa révolution sans coup férir !

    La France dans l'abîme

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    Là-dessus, en septembre 1356, Jean le Bon, parti à la rencontre des Anglais du Prince Noir, est battu à plate couture aux environs de Poitiers malgré une écrasante supériorité numérique.
    Suprême humiliation, le roi est capturé par l'ennemi ainsi que son fils cadet Philippe, 17 comtes, un archevêque, 70 barons, 2000 chevaliers et écuyers. Le fils aîné du roi, le dauphin Charles, duc de Normandie, s'enfuit sans demander son reste. La monarchie et la noblesse sont déconsidérées. Les captifs ajoutent à leur discrédit en faisant pressurer les paysans pour payer leur rançon.
    À Paris, le dauphin en charge du pouvoir (avec le titre de «lieutenant du roi») n'en mène pas large. Ce jeune homme de 18 ans, malingre et incapable de tenir une épée, n'a-t-il pas fui au plus fort de la bataille ?
    Étienne Marcel juge le moment propice pour prendre la main. Convoqués en hâte, les états généraux se réunissent une nouvelle fois le 17 octobre 1356.
    Au total 800 députés. Le chancelier de France Pierre de Laforest,
    archevêque de Rouen, prononce le discours d'ouverture en présence du dauphin. Puis Jean de Craon, Philippe de Valois, frère du roi, et Étienne Marcel obtiennent que les États se réunissent rue de l'École-de-Médecine, dans le couvent des Cordeliers, pour discuter des mesures à prendre. 80 députés sont désignés pour les préparer.
    Deux semaines plus tard, le dauphin est convoqué en secret aux Cordeliers pour être informé des mesures en question. Brutal ! On lui demande de renvoyer et faire juger le chancelier, le premier président du parlement, le grand chambellan et quatre autres grands officiers royaux, des trésoriers accusés d'avoir falsifié les monnaies. Le Conseil du Roi devra désormais être nommé par les états généraux. Il sera composé de quatre prélats, douze nobles et autant de bourgeois. Au roi, il ne restera que le droit d'approuver ou non ses décisions. En outre, les états généraux exigent la libération de Charles II le Mauvais, roi de Navarre, que Jean le Bon avait fait jeter en prison en représailles de l'assassinat de son favori, le connétable Charles d'Espagne. En échange de quoi, l'assemblée promet au dauphin de financer
    une armée de 30.000 hommes.

    Le Dauphin joue la montre

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    Le dauphin et ses conseillers choisissent de temporiser. Le 31 août 1356, pour la séance de clôture, dans la grande salle du parlement, les députés voient venir au lieu du dauphin le sieur du Hangest. Celui-ci annonce que le dauphin remet sa visite au 3 novembre. Chacun est consterné. Il ne se trouve aucun Mirabeau pour ressouder l'assemblée comme en 1789 ! À bout de ressources, la plupart des députés, à commencer par les nobles, abandonnent la partie et rentrent chez eux.
    Le 2 novembre, nouvelle diversion : le dauphin réunit quelques députés réfractaires et leur annonce qu'il doit incontinent partir pour Metz pour rencontrer son oncle l'empereur d'Allemagne Charles IV. Le lendemain, aux Cordeliers, l'évêque de Laon Robert Lecoq, membre du Conseil du Roi, prend le parti des députés, les invite à faire circuler les griefs du peuple et rappelle opportunément que l'Église peut déposer les rois. Pendant ce temps, le dauphin en appelle aux états des provinces méridionales. Il leur transmet des lettres où il accuse les états généraux de n'avoir «rien conclu ni parfait de ce qui leur avait été proposé» et leur demande de l'argent en urgence. Il n'obtient que de bonnes paroles. Dépité, il doit revenir à Paris et négocier avec Étienne Marcel.

    Dauphin et prévôt s'affrontent en public

    Les deux hommes, chacun à la tête d'une escorte, se rencontrent près de Saint-Germain-l'Auxerrois, le 19 janvier 1357. Charles somme le prévôt de se soumettre. En retour, ce dernier décrète la grève ! Le lendemain, aucun boutiquier ou artisan ne lève le rideau. La capitale se fige dans un lourd silence. Le dauphin sent planer la menace d'une révolte populaire. Sans attendre, dans l'après-midi, il convoque la municipalité et lui concède tout : le renvoi des officiers royaux, l'abandon d'une ordonnance sur la monnaie et une nouvelle convocation des états généraux le 5 février 1357.
    Au jour dit, peu de députés répondent à la convocation. Il est vrai que ces séjours à répétition dans la capitale sont coûteux. Les présents, qui sont aussi les plus résolus, clôturent leurs travaux par une Grande Ordonnance. En 60 articles, elle réforme
    magistralement le cadre du gouvernement : impôts levés par les députés, inviolabilité de ceux-ci, suppression des tribunaux d'exception... Le dauphin, résigné, promulgue le texte. Mais celui-ci est loin de faire l'unanimité en-dehors de Paris.

    Les bourgeois accentuent la pression

    Quand, le 23 mars 1357, une trêve est conclue à Bordeaux avec les Anglais et que, de sa prison, le roi Jean fait savoir qu'il révoque les états généraux, seul Paris s'insurge. Le 8 avril, veille de Pâques, l'assemblée oblige le dauphin à désavouer les instructions de son père mais les députés du clergé, avec à leur tête l'archevêque de Reims Jean de Craon, se démarquent et déjà amorcent leur retour dans le camp de la monarchie. En août, le dauphin rétablit les officiers royaux dans leurs charges et le 4 septembre, il reprend le droit de vendre et donner à
    ferme des offices. Étienne Marcel doit ruser d'autant plus que le
    dauphin, parti en tournée en Normandie, est hors de sa portée. Il
    demande au dauphin de rentrer et met pour seules conditions à la soumission des Parisiens le retour de l'évêque de Laon au Conseil du Roi et la convocation des députés de vingt ou trente villes.
    Le dauphin accepte et le 7 novembre se réunissent à nouveau une poignée de députés. Dès le lendemain, à l'initiative de Jean de Picquigny, gouverneur de l'Artois, ils réclament à nouveau la libération de Charles le Mauvais et, pour plus de sûreté, organisent son évasion. Le roi de Navarre fait une entrée triomphale à Paris le 29 novembre et harangue les bourgeois d'une tribune improvisée.
    Le prévôt des marchands voit poindre son objectif inavoué : l'autonomie de Paris et des grandes villes du royaume à l'instar des cités flamandes (Bruges, Anvers...). Il fait distribuer à ses fidèles un chaperon aux couleurs de la ville, rouge et bleu, en signe de reconnaissance.

    Le Dauphin en appelle à l'opinion publique

    Le dauphin, profitant de l'absence du roi de Navarre, reprend
    l'initiative. Le 11 janvier, à cheval, escorté de seulement quelques hommes, il s'adresse en personne aux bourgeois des halles et déclare «qu'il eut déjà chassé les Anglais s'il avait eu l'administration des finances; mais il n'avait pas touché un seul denier de tout l'argent levé sur la nation, depuis que les États gouvernaient...» Habilement, il s'interroge alors sur ce qu'est devenu cet argent. La foule l'acclame.
    Dès le lendemain, le prévôt lui-même répond publiquement au dauphin. Une nouvelle fois, les deux hommes se rencontrent, cette fois rue Saint-Denis. Le chancelier de Normandie prend la parole au nom du dauphin mais il est coupé par l'échevin Charles Toussac, redoutable orateur au service du prévôt. Le dauphin, dépité, tourne bride et abandonne la partie.
    L'atmosphère devient explosive. En témoigne un fait divers. Le 24 janvier 1358, rue Neuve-Saint-Merri, un clerc croise le trésorier du dauphin et lui réclame le prix de deux chevaux récemment vendus au duc de Normandie. Éconduit, il l'assassine à coups
    de couteau et se réfugie dans l'église voisine. Le maréchal de Normandie fait défoncer la porte de l'église, s'empare du meurtrier et le fait pendre au gibet de Montfaucon. Des bourgeois, indignés, dépendent le corps et lui accordent des funérailles solennelles.
    Pendant ce temps, Anglais et mercenaires de la pire espèce saccagent les alentours de Paris sans qu'interviennent les troupes royales et bien que le dauphin ait troqué son titre de «lieutenant du roi» pour celui de régent. La population a peur d'une attaque de l'ennemi.

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    Massacre au saut du lit

    Le 22 février 1358, le tocsin sonne. La foule s'assemble autour de l'église Saint-Éloi et de là, guidée par le prévôt, se dirige vers le palais du dauphin. Elle investit ses appartements. Le prévôt lui-même pénètre dans sa chambre.
    Les émeutiers et lui se trouvent face à face avec le dauphin et ses conseillers ; parmi eux les maréchaux de Champagne et de Normandie, Robert de Clermont et Jean de Conflans, qui dirigent les troupes royales.
    Étienne Marcel interpelle le régent et le presse d'agir contre les Anglais. «C'est à ceux qui reçoivent les profits de pourvoir à la défense du royaume», réplique Charles. Le ton monte. Étienne Marcel ordonne enfin à ses compagnons : «Faites en bref».
    Le maréchal de Champagne est alors massacré aux pieds du régent. L'autre maréchal est tué à son tour dans un cabinet voisin. Le dauphin demande grâce. Le prévôt, alors, le décoiffe et le couvre du chaperon rouge et bleu de ses partisans. Lui-même se couvre du chaperon de brunette noire à franges d'or du régent et sort de la pièce. Le surlendemain, le régent, mandé au parlement, se voit obliger d'accepter en son conseil
    Étienne Marcel en personne et ses adjoints. Le 26 février 1358, le roi de Navarre rentre à Paris.
    Le régent Charles comprend qu'il est désormais prisonnier des bourgeois et de leurs alliés navarrais. Mais, une nuit de mars, un fidèle conseiller l'entraîne vers la Seine. Une barque l'attend. Cette fois, le Capétien ne sera pas rattrapé comme son lointain descendant, beaucoup plus tard à Varennes !

    Révélation d'un grand homme d'État

    Sitôt libre, le régent que l'on jugeait faible et timoré voit ses facultés démultipliées. Il court à Senlis où il préside le 25 mars les états de Picardie et de Beauvaisis, puis à Provins le 9 avril pour les états de Champagne. Entre temps, il s'empare de la place de Meaux qui commande l'une des voies d'approvisionnement de la capitale.
    Pendant ce temps, Étienne Marcel se prépare à la guerre. Il s'empare de l'artillerie du Louvre et renforce les fortifications. Le fait est qu'il se voyait à la tête d'un mouvement général d'émancipation des communes ; il n'est plus que le chef d'une ville assiégée, plus ou moins isolée du reste du royaume. Il est abandonné, au moins pour un temps, par le roi le Navarre lui-même. Peu soucieux de servir la bourgeoisie contre la
    noblesse, il va à la rencontre du régent et feint de se réconcilier avec lui.
    Les états généraux s'assemblent le 4 mai à Compiègne. Ils se
    séparent dix jours plus tard après avoir rédigé une ordonnance qui condamne le gouvernement de Paris.

    Alliance impossible entre bourgeois et paysans


    Et voilà que monte des campagnes du Beauvaisis et des provinces environnant Paris un immense rugissement : les laboureurs se soulèvent à leur tour contre les nobles : «Les nobles trahissent et honnissent le royaume», clament-ils selon le chroniqueur Froissart, en référence à la bataille de Poitiers. C'est la Grande Jacquerie.

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    Le prévôt tente de récupérer à son profit cette masse déchaînée. Mais il échoue à la discipliner : «Envoiasmes
    bien trois cents combattants de nos gens et lettres de créance pour euls faire désister des grands mauls qu'ils faisaient,
    »
    écrira-t-il plus tard. À défaut, il les convainc d'attaquer la forteresse de Meaux.
    Le 9 juin, les paysans et les Parisiens, sous le commandement d'un épicier, Pierre Gilles, se lancent à l'assaut de la place. C'est un désastre et dès lors, les nobles reprennent le dessus. La répression est impitoyable.
    Étienne Marcel voit poindre l'échec de son mouvement. Le 11 juillet, il lance un appel désespéré aux représentants des autres communes du royaume dans lequel il dénonce le comportement
    des nobles : «Très grant multitude de nobles... par manière
    universel de nobles universamment contre non noble, sans faire
    distinction quelconque de coulpables ou non coulpables, de bons ou mauvais... ont ars [brûlé] les villes, tué les bonnes gens des païs, sens pitié et miséricorde quelconques, robé [dérobé] et pillié tout quanques ils ont trouvé, femmes, enfants, prestres, religieux... les calices, sanctuaires, chapes ortées et robes, les prêtres célébreus priz et les calices ortés de devant euls... les églises, abbayes, priorez et églises parochiaulx...
    mis à rançon, les pucelles corrompues et les femmes violées en présence de leurs maris, et briervement fait plus de maulx plus cruellement et plus inhumainement que oncques ne firent les Wandres, ne Sarrazins...»

    Le prévôt en appelle par la même occasion au roi de Navarre, sans rien ignorer pourtant de sa brutalité et de sa versatilité. Tant qu'à choisir, ses compagnons d'infortune préfèrent encore le régent, représentant de la monarchie légitime. Ils se détachent de lui. Parmi eux l'échevin Jean Maillart, chef de file des
    partisans du régent.

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    Revanche royale

    Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les bannières royales se déploient dans les rues de Paris au cri de «Montjoie et Saint-Denis !» La maison aux piliers de la place de Grève, où Étienne Marcel a établi le siège de la municipalité, est prise d'assaut.
    Le prévôt lui-même est assassiné, sans doute à proximité de la porte Saint-Antoine. On murmure qu'il aurait voulu ouvrir la porte au roi de Navarre. Absurde, car ce dernier pouvait entrer dans la ville à sa guise et il y avait pris la parole pas plus tard que le 22 juillet.
    Le 2 août 1358, le régent fait son entrée par cette même porte, précédé de Jean Maillart. Sur le passage du cortège, on a placé les corps d'Étienne Marcel et de ses derniers fidèles, auprès de leurs têtes tranchées.
    Quelques années plus tard, devenu roi sous le nom de Charles V le Sage, le régent n'aura rien de plus pressé que de faire édifier la Bastille afin de tenir en respect les turbulents Parisiens.
    De tous ces malheurs qui auraient pu entraîner révolution et séditions, la monarchie et l'État vont paradoxalement sortir renforcés.

    Bibliographie

    Le présent article doit beaucoup à un essai décapant du philosophe et historien Henry de Jouvenel, Huit cents ans de révolution française (987-1789) (Hachette, 1932, 260 pages).



    22 février 1680 : Exécution de la Voisin

    Le 22 février 1680, une femme est brûlée en place de Grève, face à l'Hôtel de ville de Paris, sous l'accusation de sorcellerie et
    d'empoisonnement. Il pourrait s'agir d'un fait divers parmi d'autres. Mais la condamnée a dénoncé avant de mourir nombre de ses clients et clientes, dont certains appartiennent à la haute
    aristocratie. Madame de Montespan, la maîtresse du roi Louis XIV, est compromise ! C'est le point d'orgue d'une affaire à rebondissements, l'« affaire des Poisons »...

    22 février 1680, Exécution de la Voisin et «affaire des Poisons»

    Le 22 février 1680, une femme est brûlée en place de Grève, face à l'Hôtel de ville de Paris, sous l'accusation de sorcellerie et
    d'empoisonnement. Née Catherine Deshayes 40 ans plus tôt, elle est connue dans le quartier de Saint-Denis, lieu de tous les trafics, d'après le nom de son mari, la «Voisin».
    Il pourrait s'agir d'un fait divers parmi d'autres. Mais la Voisin, qui s'est enrichie dans la pratique des avortements et le commerce des poisons, a dénoncé avant de mourir nombre de ses clients et clientes, dont certains appartiennent à la haute aristocratie.
    Madame de Montespan, la maîtresse du roi Louis XIV, est compromise ! C'est le point d'orgue d'une affaire à rebondissements...

    La Voisin

    À l'origine de l'«affaire des Poisons», il y a le 17 juillet 1676 l'exécution d'une autre empoisonneuse - de haut rang celle-là -, la marquise de Brinvilliers (46 ans). Elle débouche sur une multiplication de rumeurs à Paris sur des empoisonnements qui impliqueraient des personnes de haut rang.
    Gabriel Nicolas de La Reynie, le «lieutenant de police de la ville de Paris», a été chargé par le ministre Louvois de faire toute la lumière sur ces affaires. Dans la plus grande discrétion, il lance ses limiers dans les milieux interlopes de la rue Saint-Denis, où se pratique le commerce des poisons.
    L'enquête est suivie avec la plus grande attention en hauts lieux, car certains affirment que Louis XIV lui-même est menacé...
    Une tireuse de cartes, Marie Bosse, puis une certaine Vigouroux, enfin la fameuse Voisin, tombent dans les rêts de la police et se voient inculpées d'empoisonnement.
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    Poisons et messes noires au Grand Siècle

    En avril 1679, l'affaire prenant de l'ampleur et les inculpés se faisant toujours plus nombreux, le roi décide de mettre en place à l'Arsenal une cour extraordinaire de justice qui prendra le nom évocateur de «Chambre ardente» - ainsi nommée car elle siégeait dans une pièce tendue de draps noirs et éclairée par des flambeaux.
    Une véritable hantise gagne la population parisienne, laquelle voit l'œuvre des empoisonneuses dans le moindre décès prématuré. Or, rien n'effraie les empoisonneuses, qui se trouvent au cœur des pratiques les plus sordides de l'époque. On découvre que certaines, comme la Voisin, se rendent complices de «messes noires», au cours desquelles de faux, voire de vrais prêtres, posent un calice sur le ventre d'une femme nue et, au-dessus de celui-ci, sacrifient au diable un nouveau-né !
    C'est dans cette atmosphère pour le moins sulfureuse que travaille la Chambre ardente. Elle siège pendant trois ans, jusqu'en juillet 1682, date à laquelle elle aura au total prononcé 442 jugements, dont 36 condamnations à mort, 23 bannissements et 5 condamnations aux galères.
    La Voisin est exécutée après avoir mis en cause beaucoup de monde. Elle se refuse à livrer le nom de la Montespan mais le nom de la maîtresse royale ressurgit dans la suite des interrogatoires. La fille de la Voisin l'accuse d'avoir participé à une «messe noire».
    Le roi est horrifié d'apprendre que sa maîtresse, alors en défaveur, lui aurait fait absorber des philtres d'amour et aurait aussi manigancé le renvoi de Mlle de La Vallière, voire la mort de Mme de Fontanges et la stérilité de la reine !... Empressé d'en finir, il suspend les interrogatoires et jette lui-même dans la cheminée les papiers qui compromettent son ancienne maîtresse.
    Les principaux accusés non encore condamnés sont mis aux fers dans différentes forteresses, à raison de six par cachot, jusqu'à ce que la mort les délivre.



    22 février 1848 : Insurrection républicaine à Paris

    Le 22 février 1848, lassée par le règne débonnaire du roi des Français, Louis-Philippe 1er, ennuyeux à force de paix et de prospérité, l'opposition se soulève et, au terme de trois jours d'émeute, impose un régime républicain (la Seconde République).
    Conduite par des républicains modérés : Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Dupont de l'Eure, Marie,... la « Révolution de Février » met ainsi fin à la « Monarchie de Juillet » (parce que née en juillet 1830). Le poète Lamartine repousse le drapeau rouge des manifestants populaires et promeut le drapeau tricolore.

    22 février 1848, Insurrection républicaine à Paris

    Le 24 février 1848, au terme de trois jours d'émeutes et de malentendus, l'opposition libérale obtient le départ du roi Louis-Philippe 1er. C'est la naissance de la IIe République. Son existence sera autrement plus brève (3 ans) que celle du régime auquel elle avait succédé.

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    Un règne ennuyeux

    Pour le roi des Français, c'est la fin d'un long règne de dix-huit ans, la «Monarchie de Juillet», ainsi appelée parce qu'elle est issue de la Révolution des Trois Glorieuses (26 à 28 juillet 1830). Mari aimant et bon père, Louis-Philippe 1er apparaît comme le «roi-bourgeois» par excellence. Sa vie paisible aux Tuileries, auprès de la reine Marie-Amélie et de leurs cinq fils, reflète les aspirations de la bourgeoisie de son époque.
    La seule guerre notable est la conquête de l'Algérie.
    Cet irénisme n'est pas du goût de tout le monde. Le roi est visé par de nombreux attentats dont celui de Fieschi, le plus meurtrier, en 1835, qui débouche sur une restriction de la liberté d'expression. Les ouvriers, tels les canuts de Lyon, se révoltent en vain contre l'écrasement des salaires. Les bourgeois libéraux, quant à eux, vivent dans le souvenir de la Grande Révolution
    et de Napoléon 1er. Interdits de réunion, les républicains
    contournent la loi en organisant à partir du 9 juillet 1847 des banquets qui réunissent des centaines de participants autour de quelques éminents orateurs. On en compte pas moins de 70 à Paris et dans les grandes villes du royaume au cours des sept mois suivants.

    Une révolution romantique

    L'un de ces banquets ayant été interdit, les étudiants et les ouvriers manifestent le 22 février 1848 à Paris. Ils sont rejoints le lendemain par la garde nationale composée de petits bourgeois. La rue commence à se calmer quand le roi renvoie enfin son Premier ministre, le triste et impopulaire François Guizot.
    Mais, le soir du 23 février, une manifestation dégénère devant le
    ministère des Affaires étrangères, sur le boulevard des Capucines. Un coup de feu entraîne une riposte des soldats. On relève une vingtaine de morts. Les barricades se multiplient.
    Dans la nuit, Louis-Philippe rappelle Adolphe Thiers, qui l'a porté au pouvoir 18 ans plus tôt, mais le remède est sans effet. Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant
    le palais des Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, en confiant la régence à la duchesse d'Orléans.
    La foule envahit le Palais Bourbon où siègent les députés. Les républicains commencent à se manifester. Un cri retentit : «À l'Hôtel de Ville !»

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    C'est ainsi qu'un petit groupe de républicains, à l'instigation de
    Ledru-Rollin et du vieux poète Lamartine (58 ans), gagne le lieu
    mythique de la Grande Révolution, celle de 1789. Lamartine,
    Ledru-Rollin, Arago, Dupont de l'Eure et Marie proclament dans la nuit l'avènement d'un gouvernement républicain. Ainsi naît la IIe République.
    La Révolution parisienne a un énorme retentissement dans les élites européennes. Devant la contagion révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à Berlin, Munich, Vienne, Turin... C'est «le printemps des peuples».



    22 février 1877 : La dernière bataille des samouraïs

    L'empereur du Japon Meiji Tenno ayant remplacé le corps féodal des samouraïs par une armée de conscrits, son ancien ministre de la Guerre Saigo Takamori prend la tête d'une ultime révolte de ces guerriers, nostalgiques de leur code de l'honneur (le bushido) de leurs beaux uniformes et de leur sabre rituel (le katana).
    À la tête de quelques centaines de samouraïs, il est défait le 22 février 1877 devant le château de Kumamoto par 30.000 soldats impériaux. Fidèle à l'honneur ancestral, il se suicide par éventrement selon le rite du seppuku (faussement appelé harakiri).

    9 novembre 1867, Le Japon entre dans l'«ère des Lumières»

    Le 9 novembre 1867 commence au Japon l'ère Meiji (lumière en
    japonais), d'après le nom que l'empereur Mutsuhito a choisi pour
    qualifier son règne et se faire désigner après sa mort.

    Le Japon féodal en crise

    Depuis 1616, soit plus de deux siècles, l'Empire du soleil levant était gouverné par une famille, les Tokugawa. Ils exerçaient la fonction de shogun (ou maire du palais) tandis que l'empereur héréditaire gardait une fonction symbolique à caractère religieux.
    Les Tokugawa maintenaient le pays dans un total isolement diplomatique et lui conservaient ses structures féodales. Mais l'irruption d'une escadre américaine en 1853 avait fait chavirer les esprits et suscité de violents conflits entre conservateurs et réformistes.
    C'est ainsi que le 8 novembre 1867, suite à des émeutes et sous la pression de quelques grands seigneurs ou daimyos qui entourent le souverain, le dernier shogun, Tokugawa Yoshinobu, remet ses pouvoirs au jeune empereur Mutsuhito.

    L'«ère des Lumières»

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    Né le 3 novembre 1852, le 122e empereur du Japon a 15 ans à peine. Il prend le nom de règne de Meiji Tenno et s'attribue officiellement tous les pouvoirs. Dans son ombre gouvernent de fait les daimyos réformistes.
    L'empereur déplace sa résidence officielle de Kyoto (qui signifie en sino-japonais ville capitale) à Yedo (ou Edo), qui est déjà depuis 1603 la capitale administrative du pays et l'une des principales villes du monde avec plus d'un million d'habitants. La nouvelle capitale du Japon prend le nom de Tokyo (capitale de l'Est). L'empereur réinvente par ailleurs une «tradition nationale japonaise» fondée sur le culte d'État, le shintoïsme. Il fait en particulier édifier le temple Yasukuni réservé aux morts pour la patrie. Les bouddhistes, très influents à l'époque des Tokugawa, sont obligés de s'aligner sur les nouvelles valeurs patriotiques.

    Pomme de discorde

    Dans le temple Yasukuni, dont le nom signifie «pays [kuni] pacifié [yasu]», sont aujourd'hui honorés plusieurs acteurs de la Seconde Guerre mondiale, à l'origine de crimes de guerre dans les pays occupés. Pour cette raison, ce temple revient régulièrement au centre de querelles diplomatiques. En 1871, l'empereur abolit officiellement la hiérarchie instaurée par les shoguns. Les samouraï, qui étaient tenus d'obéir de père en fils à leur seigneur, le daimyo, conformément au code de l'honneur, le bushido, se mettent au service de l'empereur ou se
    reconvertissent dans les affaires.
    La même année, l'empereur envoie en Occident une mission d'étude, la mission Iwakura, en vue de collecter toutes les idées de bon aloi. Sa mission va durer de décembre 1871 à septembre 1873 !
    Dès 1872, le Japon se dote de sa première ligne de chemin de fer. Empruntant sans état d'âme aux Occidentaux ce qu'il estime bon, l'empereur instaure le service militaire et bâtit une armée moderne sur le modèle allemand. C'en est fini des beaux uniformes des samouraïs et de leur armement féodal, notamment le katana (sabre). Les nouvelles troupes portent des uniformes inspirés des Français et sont armées de fusils occidentaux.

    L'empire triomphe

    En quelques années, le pays s'arrache ainsi à la féodalité et rejoint le peloton des nations les plus avancées. En 1889, Meiji Tenno peut s'offrir le luxe de boucler l'ère des réformes en introduisant une Constitution et en se défaisant d'une partie de son pouvoir au profit de deux assemblées élues.
    Le succès de la politique impériale trouve une spectaculaire consécration avec, en 1905, la victoire du Japon sur la Russie. C'est la première fois depuis plusieurs siècles qu'une puissance européenne est défaite par une puissance asiatique.
    Le prodigieux essor de l'empire du soleil levant sous l'ère Meiji
    trouve une explication dans le très haut degré d'éducation du peuple japonais. En effet, au XIXe siècle, le taux d'alphabétisation était déjà comparable à celui des provinces européennes les mieux éduquées (50% de la population adulte savait lire et écrire).

    Joseph Savès.

    Les derniers samouraïs

    Suite à la réforme militaire de l'empereur Meiji Tenno, un million de samouraïs sont mis à la retraite dans des conditions
    humiliantes, avec une pension en monnaie de singe. Beaucoup échouent à se reconvertir dans l'exploitation agricole ou les affaires.
    Le ministre de la Guerre Saigo Takamori veut convaincre l'empereur d'employer ces guerriers dans une guerre contre les voisins, la Corée par exemple. Mais l'empereur juge l'initiative prématurée. Le ministre quitte le gouvernement et se retire dans l'île méridionale de Kyushu où il forme une école de samouraïs.
    Des révoltes éclatent quand le gouvernement décide de réserver le port du sabre aux officiers de l'armée. À chaque fois, les anciens samouraïs, fidèles à leur armement traditionnel et à leur code de l'honneur, sont battus par les conscrits de l'armée impériale. Saigo Takamori est lui-même entraîné dans un ultime combat, le 22 février 1877, devant le château de Kumamoto.
    Quelques centaines d'anciens samouraïs sont défaits par 30.000 soldats impériaux. Leur chef, fidèle à l'honneur ancestral, se suicide par éventrement selon le rite du seppuku (faussement appelé harakiri). Cette tragédie a donné matière à un film à grand spectacle, Le dernier samouraï (Edward Zwick, 2003).



    22 février 1943 : Décapitation de la « Rose blanche »

    Le 22 février 1943, l'étudiante allemande Sophie Scholl, son frère Hans et leur ami Christoph Probst sont guillotinés pour s'être rendus coupables de résistance au nazisme. Ils avaient formé un mouvement clandestin dénommé La Rose blanche et distribué des tracts dans leur établissement...

    22 février 1943, Décapitation de la «Rose blanche»

    Le 22 février 1943, trois étudiants allemands d'une vingtaine
    d'années sont guillotinés dans la prison de Stadelheim, près de Munich. Leur crime est d'avoir dénoncé le nazisme dans le cadre d'un mouvement clandestin, «La Rose blanche» (Die Weiße Rose en allemand).

    Comment, de juin 1942 à février 1943 une poignée de jeunes
    étudiants chrétiens ont-ils pu défendre les valeurs démocratiques au prix de leur vie ? Comment ont-ils pu diffuser sous le manteau six tracts incendiaires tout en écrivant le soir des slogans pacifistes et antinazis sur les murs de Munich ?

    Pierre Le Blavec.

    Les prémices de la résistance

    Résidant à Ulm et âgé de 14 ans en 1933, le lycéen Hans Scholl
    n'est pas au début insensible aux discours de Hitler. Il s'engage avec sa soeur Sophie dans les Jeunesses Hitlériennes mais prend assez vite ses distances.

    Aidé par ses parents, soutenu par l'éditeur Carl Muth du mensuel
    catholique Hochland, il rompt avec le national-socialisme et se consacre à ses études de médecine. Il lit les penseurs chrétiens (Saint Augustin, Pascal) et l'écriture sainte. Mais il est arrêté et emprisonné en 1938 pour sa participation à un groupe de militants catholiques.

    Quatre ans plus tard, sa décision est prise. Ayant reçu des tracts reproduisant des critiques de l'évêque von Galen de Münster à l'encontre du gouvernement en place, il décide d'entrer en résistance par l'écrit.

    Un noyau dur se constitue autour de Hans et Sophie Scholl
    (protestants) et de trois étudiants en médecine que lie une solide amitié : Alexander Schmorell (25 ans, orthodoxe et fils d'un médecin de Munich) ; Christoph Probst, (23 ans marié et père de trois jeunes enfants), et Willi Graf (24 ans, catholique).


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    En juin 1942, aidé par Traute Lafrenz, une amie de Hans, le petit
    groupe décide d'appeler les étudiants de Munich à la résistance contre le régime nazi, véritable «dictature du mal». Sophie se garde d'informer de ses actions son fiancé, un soldat engagé sur le front de l'Est.

    La rose s'épanouit

    En moins de quinze jours, les jeunes gens rédigent et diffusent 4 tracts, signés «La Rose blanche» (Die Weiße Rose). Imprimés dans l'atelier de Munich mis à leur disposition par l'écrivain
    catholique Théodore Haecker, ils sont diffusés de la main à la main, déposés chez des restaurateurs de la ville ou adressés par la poste à des intellectuels non-engagés, des écrivains, des professeurs d'université, des directeurs d'établissements scolaires, des libraires ou des médecins soigneusement choisis.

    Les tracts font référence à d'éminents penseurs (Schiller,
    Goethe, Novalis, Lao Tseu, Aristote) et citent parfois la Bible. Leurs lecteurs sont invités à participer à une «chaîne de résistance de la pensée» en les reproduisant et en les envoyant à leur tour au plus grand nombre possible de gens.

    Willi Graf est enrôlé dans l'armée en juillet 1942 et découvre à
    cette occasion nombre d'atrocités. Quant à Hans Scholl et Alexander Schmorell, incorporés comme maréchal des logis dans la Wehrmacht en tant qu'étudiants en médecine, ils passent trois mois sur le front russe et constatent avec effroi l'horreur des traitements infligés aux juifs, aux populations locales et aux prisonniers soviétiques.

    A partir de novembre 1942, les résistants de La Rose Blanche
    bénéficient du soutien de leur professeur Kurt Huber (49 ans,
    catholique convaincu) de l'université de Munich, qui devient leur
    mentor. Ils impriment et diffusent leurs tracts à des milliers
    d'exemplaires dans les universités allemandes et autrichiennes
    d'Augsbourg, Francfort, Graf, Hambourg, Linz, Salzburg, Sarrebruck, Stuttgart, Vienne et même de Berlin !

    Le petit groupe collecte en même temps du pain pour les détenus
    de camps de concentration et s'occupe de leurs familles. Il est
    toutefois déçu par le peu d'écho de ses initiatives au sein de la
    population étudiante.

    Un cinquième tract intitulé «Tract du mouvement de résistance en Allemagne» est distribué à plusieurs milliers d'exemplaires dans les rues, sur les voitures en stationnement et les bancs de la gare centrale de Munich ! Plus fort encore, en février 1943, Hans Scholl et Alexander Schmorell écrivent la nuit des slogans sur les murs du quartier universitaire : «Liberté ! Hitler massacreur des masses ! A bas Hitler !...»

    Imprimé à plus de 2.000 exemplaires, distribué et envoyé par la poste, le sixième et dernier tract commente la défaite de Stalingrad, condamne les méthodes nazies et invite la jeunesse du pays à se mobiliser. Comme quelques centaines de ces tracts n'ont pu être expédiés, Hans Scholl décide de les diffuser dans l'Université de médecine.

    Malheureusement, le matin du 18 février 1943, Hans et sa soeur
    Sophie sont aperçus par le concierge de l'université en train de jeter un paquet de tracts du haut du deuxième étage donnant sur le hall. Ils sont aussitôt arrêtés avec leurs amis, livrés à la Gestapo (la police politique) et emprisonnés à Stadelheim.

    Un procès expéditif

    Le 22 février 1943, après une rapide instruction, le Tribunal du peuple chargé des «crimes politiques» se réunit pour un procès expéditif de trois heures. Il est présidé par Roland Freisler,
    venu exprès de Berlin. Cet ancien communiste est l'un des chefs nazis les plus brutaux qui soient. Sophie Scholl, qui a eu une jambe brisée au cours de son «interrogatoire » par la Gestapo et comparaît sur des béquilles, lui fait face avec un courage inébranlable.

    Freisler prononce lui-même la condamnation à mort pour trahison
    de Hans Scholl, de sa soeur et de leur ami Christoph Probst - baptisé quelques heures avant son exécution par un prêtre de la prison.

    Sophie et Hans sont exécutés par les fonctionnaires de la prison
    de Stadelheim après avoir revu une dernière fois leurs parents, Robert et Magdalene Scholl. Hans Scholl s'écrie «Vive la Liberté!»
    avant de mourir sur la guillotine (cet instrument a été importé de
    France au XIXe siècle). Depuis, les trois jeunes martyrs reposent les uns à côté des autres dans le cimetière voisin de la forêt de Perlach.

    Quelques mois plus tard, un second procès frappe quatorze accusés pris dans la même vague d'arrestations : le professeur Kurt Huber, Alexander Schmorell et son camarade Willi Graf sont condamnés à mort. A l'automne 1943, le réseau de Hambourg est lui aussi démantelé par la Gestapo.

    Dix autres membres de la Rose Blanche - amis des Scholl, jeunes
    étudiants des universités d'Ulm et de Sarrebruck, ou
    sympathisants actifs comme Eugen Grimminger qui les avait aidés financièrement - sont envoyés en camp de concentration où ils paieront aussi de leur vie leur participation aux activités du mouvement.

    Malgré son caractère confidentiel, la Rose Blanche bénéficie d'une notoriété nationale et même mondiale. Le 27 juin 1943, parlant de «la naissance d'une foi nouvelle, celle de l'honneur et de la liberté», l'écrivain allemand en exil Thomas Mann lui rend hommage sur les ondes de la BBC tandis que durant l'été 1943, l'aviation anglaise jette sur le pays un million d'exemplaires du dernier tract rédigé par le professeur Huber.

    L'ami de coeur de Sophie, qui était sur le front de l'Est, obtient une permission sitôt qu'il apprend son arrestation mais il arrive à Munich deux heures après son exécution. Il va entrer dès lors
    dans la résistance au péril de sa vie...

    La Rose Blanche a vécu à peine un an mais la mémoire
    d'une lutte héroïque - contre la résignation et pour la défense de la liberté d'opinion lorsqu'elle est menacée -, elle, ne s'éteindra jamais.

    Un film émouvant

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    le cinéaste allemand Marc Rothemund a réalisé en 2005 un film émouvant et rigoureux, Sophie Scholl, les derniers jours (en allemand Sophie Scholl, die letzten Tage). Il relate l'arrestation du groupe de jeunes gens, l'instruction de leur procès et leur exécution.

    Son film suit fidèlement la réalité historique telle que relatée
    dans le livre de souvenirs publié en 1953 par la soeur de Hans et Sophie Scholl : Die weisse Rose (mal traduit, l'ouvrage a répandu dans le public français quelques erreurs factuelles, notamment en traduisant le mot allemand Fallbei par hache au lieu de guillotine.


    C'est sa fête :


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    Isabelle de France, soeur du roi Saint Louis, refuse un mariage arrangé avec le fils de l'empereur d'Allemagne. Elle fonde un monastère de clarisses à Longchamp, près de Paris.


    Naissances


    Georges Washington

    22 février 1732 à Pope's Creek (Virginie) - 14 décembre 1799 à Mount Vernon (Virginie, États-Unis)


    George Washington est considéré par les Américains comme le «Père de la Nation». Consécration suprême, son nom a été donné à la capitale fédérale dans l'année qui a suivi sa mort.

    Après avoir combattu les Français dans l'armée anglaise pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), Washington mène la vie d'un riche planteur de tabac en Virginie, l'une des Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord.
    Quand celles-ci revendiquent leur indépendance, il est nommé commandant en chef des troupes insurgées et les mène à la victoire (grâce au concours des Français bien plus qu'à ses qualités de stratège).
    Il est élu président des États-Unis en 1789 et réélu quatre ans plus tard pour un second mandat.
    Voir : Un président modeste pour une jeune Nation


    Robert Baden-Powell

    22 février 1857 à Londres - 8 janvier 1941 à Nyeri (Kenya)

    Le général Baden-Powell, héros de la guerre des Boers, est le fondateur du scoutisme.
    Voir : Naissance du scoutisme

    Décès

    Jean-Baptiste Corot


    16 juillet 1796 à Paris - 22 février 1875 à Ville-d'Avray

    Le peintre Jean-Baptiste Camille Corot est l'un des premiers à travailler en pleine nature. Son cadre de prédilection est le village de Barbizon, dans la forêt de Fontainebleau.

    Source : herodote.net
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    Les Nouvelles Chroniques du jour : ça s'est passé un....22 février

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